LA PRISON

Les voici entravés, eux naguère si mobiles
en leur dispersion, captifs d’une patrie
où l’aujourd’hui distribue des dons
que ne vaudront pas ceux du lendemain


La trace de l’ancienne demeure
de Majesté n’y existe plus, effacée
comme se sont effacées « les splendeurs
du palais de Khaula, fine gazelle
égarée dans la grande cité ».


Un pays où l’avilissement a fait halte,
a pris ses aises
et s’est appesanti sur tout homme
porteur de moustaches* fièrement pointées


Un pacte ancien l’avait jeté
dans les égarements. Vient-on à suivre
longtemps un faux chemin,
peut-on espérer que l’un ou l’autre,
retrouve le vrai de son propre chef ?


Oui les fléaux ont cerné ce pays,
effaçant jusqu’aux traces de ces lieux
où l’on tenait de sages assemblées.


Au dessus de ces horizons,
l’humiliation fait planer un épervier
préposé à sa surveillance,
dont le cri sème l’épouvante


Voyez le s’abattre sur lui
à l’heure où le jour tombe,
et de même au point de l’aube !


Le nom de ce pays est prison. Comment
comprendre
le sens réel de ce mot ?
Congélation du malheur :
sous l’effet d’une patience exsangue.


Édifice entouré de tous les côtés
par la détresse et l’infortune,
fait pour opprimer l’innocent
comme pour punir l’ennemi.


Il arrache de terribles lambeaux au peuple
des hommes vivants et ne rend pas les corps
de ceux qu’il a tués, se souciant peu
de tenir à jour ses comptes.


Ses prisonniers il les précipite au fond
d’une fosse livrée à la sauvage ténèbre,
où la flamme de vie elle même se glace.