...DE SE PARLER, DE S'ORGANISER

Il nous faut absolument résister, même au plus petit niveau, c’est ainsi que l’on avance. Je vous en donne deux exemples très concrets que nous avons vécus ici.

I1 y a quelque temps, un nouveau « bricard » est arrivé dans notre bloc : il a décidé de nous imposer des fouilles par palpation à chaque descente de promenade.
Cela a duré quelques jours, puis nous avons décidé de dire NON !
Nous avons forcé les contrôles, ensuite nous nous sommes regroupés et consultés en promenade pour agir.

À la remontée, nous avons tous pris la décision d’aller en masse dans le bureau des « chefs » pour exprimer notre mécontentement ! Nous étions tous solidaires. Résultat ? Ce « bricard » a arrêté ces fouilles abusives.
Autre exemple : depuis plusieurs mois, nous avions de gros problèmes de courrier car, à la censure, ils avaient décidé de bosser à leur rythme et de traîner les pieds pour le tri.

Donc les lettres et mandats arrivaient avec dix à quinze jours de retard.
Nous nous sommes réunis en promenade et avons décidé d’agir et de nous organiser. Nous avons fait le tour de tous les étages et récupéré les lettres de réclamation que chacun avait rédigées.
La solidarité a joué et nous avons déposé un nombre impressionnant de plaintes sur le bureau du « chef », à l’attention du directeur.
Celui-ci, craignant sans doute un mouvement de protestation, a fait une « descente » à la censure et a remis les pendules à l’heure.
Depuis, tout est rentré dans l’ordre, tant dans la distribution que dans l’acheminement du courrier.

Voilà, grâce à ces petits mouvements solidaires nous avons obtenu satisfaction.
Pour cela, il suffit de se parler, de s’organiser, de se consulter, et d’agir de façon cohérente et intelligente.

Cela donne des résultats. Même si ceux-ci restent modestes, il n’en demeure pas moins qu’ils sont importants, car cela nous permet de nous fédérer, de nous solidariser pour un but commun. […]
La radio a son importance, elle peut constituer des réseaux de relais entre l’extérieur et l’intérieur.
Nous avons la chance d’avoir une tribune où nous pouvons nous exprimer, il faut nous en servir utilement.

Malgré ses moyens, L’Envolée est tout de même la « voix des sans-voix » : il ne faut pas l’oublier.
Quant à ceux qui s’investissent dans cette lutte à l’extérieur, il faut vous organiser pour devenir plus forts, car si vous êtes forts, nous le serons encore plus à l’intérieur.
C’est ensemble que nous avancerons, car les années qui viennent vont être dures en répression, va falloir le comprendre, et le plus tôt sera le mieux. […]

LE MATON

Depuis huit mois entiers chaque jour je le vois
Derrière le judas il me guette comme sa proie
Il a un œil haineux qui sans cesse m’épie
Clignote en permanence chaque jour, chaque nuit

Dans mon caveau ignoble je me meurs, délaissé
Entouré de vautours par la haine alléchés
Attendant ardemment mon funeste soupir
Afin de m’enterrer pour qu’enfin ils respirent

Maton, de bleu vêtu croque-mort des vivants
Matonne d’azur vêtue veuve noire des prisons
Dans ma vie, le futur n’oubliera pas la misère
Ma chair, mon âme meurtries n’oublieront cette guerre

Vous rentrez chaque soir la démarche enjouée
Heureux d’avoir tant fait souffrir les prisonniers
Derrière nos barreaux nos regards vous fusillent
Vous visent, vous mitraillent chaque jour, chaque nuit

Humiliés vous êtes, à jamais vous serez
Valets, larbins, cerbères, ainsi demeurez

Sofiane